YouTube - 5. L'Argent - Concert Rdb Style
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R. Hilferding : Le capital financier (2)
dépréciation de la monnaie blanche, laquelle a cours légal, cours de la roupie totalement imprévisible, car il ne se soucie plus du prix du métal argent.
R. Hilferding : Le capital financier (2)
1910
Rudolf
Hilferding
Le capital financier
PREMIERE PARTIE - L’ARGENT
ET LE CRÉDIT
CHAPITRE II - L'ARGENT DANS LE
PROCESSUS DE LA CIRCULATION
1910
Le
processus de la circulation a la forme marchandise-argent-marchandise
: M-A-M. C'est de cette façon que s'accomplissent les
échanges
organiques sociaux. A vend sa marchandise, laquelle n'a pour lui
aucune valeur d'usage, et en achète une autre, qui en a une.
L'argent ne joue dans ce processus que le rôle de preuve que
les conditions de production individuelles de la marchandise
correspondent aux conditions de production sociales. Mais le sens du
processus est la satisfaction des besoins de l'individu, laquelle
n'est possible que par le moyen des échanges multiples des
marchandises. La valeur de la marchandise est remplacée par
celle d'une autre marchandise. Cette dernière est
consommée et sort de la circulation.
Mais
si la marchandise sort constamment de la circulation l'argent
y
reste d'une façon permanente. La place que la marchandise a
quittée est prise par une pièce d'argent de
valeur
égale. Le processus de circulation de la
marchandise crée
ainsi la circulation de l'argent. La question se pose maintenant de
savoir quelle est la quantité d'argent
nécessaire
à
la
circulation. Il s'agit ici de la véritable confrontation de
l'argent et de la marchandise. La quantité des
moyens de
circulation est par conséquent
déterminée
par la somme des prix des marchandises. La masse des marchandises
supposée donnée, la masse de l'argent en
circulation
augmente et diminue avec les fluctuations des prix des marchandises,
qu'ils correspondent ou non à de
véritables
changements de valeur ou à
de
simples fluctuations des prix sur le marché 1.
Cela
vaut dans la mesure où achats et ventes se font ici
même
dans un espace limité. Mais, si achats et ventes ne sont que
des termes d'une série qui se suivent dans le temps, alors
c'est l'équation : somme des prix des marchandises,
divisée
par nombre de pièces du même nom en
circulation,
égale masse de l'argent fonctionnant en tant que moyen de
circulation. Ici la loi selon laquelle la quantité des
moyens
de circulation est déterminée par la somme des
prix des
marchandises en circulation et la vitesse moyenne du roulement de
l'argent peut aussi être exprimée de la
manière
suivante: étant donné une somme de valeurs des
marchandises et une certaine vitesse moyenne de leurs
métamorphoses,
la quantité de l'argent en circulation ou du
métal
dont il est fait dépend de sa propre valeur 2.
On
a vu ce qu'est l'argent : un rapport social exprimée dans
une
chose. Celle-ci sert d'expression directe de valeur. Mais, à
l'intérieur
du rapport M-A-M, la valeur de la marchandise est toujours
remplacée par la valeur d'une autre marchandise.
L'expression
d'argent n'est donc que provisoire. Elle n'apparaissait ainsi
que comme une aide technique, dont l'utilisation
entraîne
des frais qu'il est préférable
d'éviter. De même
avec l'argent croit l'effort en vue de s'en passer 3.
A
l'intérieur de la circulation des marchandises
l'argent
apparaît d'abord comme le cristal de valeur en lequel la
marchandise se transforme pour devenir ensuite simple forme
d'équivalent 4.
En
tant que cristal de valeur, l'argent apparaît comme
nécessaire,
en tant que forme d'équivalent comme superflu. Mais il
apparaît comme nécessaire parce que c'est
seulement
ainsi que la valeur de la marchandise est exprimée
socialement
d'une façon valable et c'est seulement à partir
de
l'argent qu'elle peut se transformer de nouveau en toutes les autres
marchandises. Mais, comme l'expression d'argent n'est que provisoire,
et pas importante en soi - comme par exemple quand le processus
M-A-M: est interrompu et que l'argent lui-même doit
être
mis en réserve pour un temps plus ou moins long afin de
permettre plus tard le processus -, seul est à
considérer
l'aspect social de l'argent, sa propriété
d'être
en tant que valeur l'égal de la marchandise. Cet aspect
social
est exprimé matériellement dans la
matière
monétaire, par exemple l'or. Mais il peut être
exprimé
directement par une réglementation sociale consciente ou,
puisque l'Etat est l'organe conscient de la
société
productrice de marchandises, par une réglementation
étatique.
L’Etat peut fixer certains signes – par exemple,
des billets
caractérisés comme tels - en tant que
représentants
de l'argent, signes d'argent.
Il
est clair que ces signes ne peuvent faire fonction que
d’intermédiaires de la circulation entre deux
marchandises ;
pour d’autres buts, d'autres fonctions d'argent, ils sont
inutilisables. Ils doivent par conséquent passer
entièrement
dans la circulation, car c'est seulement là que le
caractère
de la valeur de l’argent est toujours provisoire, parce que
forme
toujours remplacée par valeur de marchandises. Mais le
volume
de la circulation est extraordinairement changeant, puisque nous le
savons, il dépend, à vitesse égale de
circulation de l’argent, de la somme des prix. Celle-ci varie
constamment, par suite soit des fluctuations en cours
d’année,
quand par exemple les produits de la récolte entrent dans la
circulation et que leur masse gonfle la somme des prix, soit des
fluctuations de prix provoquées par les périodes
de
prospérité ou de dépression. La
quantité
de papier-monnaie doit par conséquent toujours rester au
dessous du minimum de la quantité d'argent
nécessaire à
la circulation. Mais ce minimum peut être remplacé
par
du papier 5
et,
comme c'est toujours nécessaire pour la circulation, on n'a
pas besoin de faire appel à
l'or ;
c'est pourquoi
l'Etat
peut imposer le cours forcé de ce papier monnaie.
Dans
les limites du minimum de circulation, l’expression
réelle
des rapports sociaux est remplacée par un rapport social
consciemment réglé. Cela est possible parce que
l’argent métallique est
précisément aussi un
rapport social, bien que caché sous une enveloppe,
matérielle.
C’est ce qu’il faut se rappeler si l'on veut
comprendre la nature
du papier-monnaie 6.
Nous
avons vu comment la société productrice de
marchandises
est anarchique et comment cette anarchie rend, l'argent
nécessaire. Pour le minimum de circulation, cette
anarchie est exclue. Car un minimum de marchandises doit être
vendu en toutes circonstances à une certaine valeur. II est
donc possible de supprimer l'effet de la production anarchique en
remplaçant l'or par de simples signes de valeur.
Mais
cette réglementation consciente trouve sa limite dans le
minimum de circulation. C'est seulement à
l'intérieur
de cette frontière que le signe monétaire fait
fonction
de véritable représentant de l'argent, que le
papier
est signe d'or. Comme la quantité de marchandises en
circulation varie constamment, il faut qu'à
côté
de la monnaie fiduciaire on puisse constamment mettre de l'or dans la
circulation ou en enlever. Si ce n'est pas possible, on assiste
à
des déviations de la valeur nominale du papier par rapport
à
sa valeur réelle, et nous avons une
dépréciation
du papier-monnaie.
Pour
comprendre ce qui se passe dans ce cas-là,
supposons un
régime de pure monnaie fiduciaire, avec cours
forcé,
bien entendu. Supposons qu'à un certain moment la
circulation
exige 5 millions de marks en marchandises, 5 millions en argent, 5
millions en marchandises. Si l'on remplace l'or par du
papier-monnaie, quoiqu'on ait -imprimé dessus, sa somme
totale
doit toujours représenter la somme totale des marchandises,
par conséquent être égale à
5 millions de
marks. Si l'on imprime 5 000 billets, chacun vaudra 1 000 marks, si
l'on en imprime 100 000, chacun vaudra 50 marks. Si la somme des prix
des marchandises double, la vitesse de circulation restant la
même,
et sans que soit changée la quantité des billets,
ils
vaudront 10 millions de marks et, si la somme des prix est
réduite
de moitié, ils ne vaudront plus que 2 millions et demi. En
d'autres termes, avec une monnaie fiduciaire à cours
forcé,
la vitesse de circulation restant la même, la valeur du
papier-monnaie est déterminée par la somme des
prix des
marchandises mises en circulation ; le papier-monnaie est ici tout
à
fait indépendant de la valeur de l'or et reflète
directement la valeur des marchandises, conformément
à
la loi selon laquelle sa totalité représente la
même
valeur, soit le prix total des marchandises. On voit
immédiatement
que, par rapport au point de départ, il peut y avoir non
seulement dépréciation, mais aussi
surestimation
du papier monnaie.
Bien
entendu, il n'y a pas que le papier qui puisse faire fonction de
signe monétaire, mais n'importe quelle matière
précieuse. Supposons que ce soit l'argent métal.
Si sa
valeur baisse par suite d'une diminution de son coût de
production, les prix en argent métal des
marchandises
augmenteront, tandis que ses prix en or resteront les
mêmes.
La dépréciation de l'argent métal
s'exprimera
dans son rapport avec l'or. Le cours d'échange du pays dont
la
monnaie est à base d'argent métal par rapport au
pays
dont la monnaie est à base d'or exprimera la
dépréciation.
Cette dépréciation de la monnaie
blanche, laquelle
a cours légal, sera, à frappe
libre, exactement la même que celle du métal brut.
Il en
est tout autrement si l'on n'autorise plus la frappe libre 7.
Dans
ce cas, si
la
somme des prix des marchandises en circulation passe de 5 à
6
millions de marks et si la valeur des pièces blanches, donc
du
métal argent propre à
la
circulation, conformément a sa valeur
intrinsèque,
n'est, par exemple, que de 5 millions et demi, celle de chaque
pièce
augmentera dans la mesure où leur total sera égal
à
6
millions. Leur valeur monétaire dépassera donc
leur
valeur métallique. C'est un phénomène
qui s'est
manifesté dans la surestimation, inexplicable pour des
auteurs
aussi importants que Lexis ou Lotz, du florin hollandais et
autrichien et plus tard de la roupie indienne, mais qui, si l'on
tient compte de ce qui précède, n'a absolument
rien de
mystérieux 8.
Dans
la détermination de la valeur du papier-monnaie par la
valeur
de la somme des marchandises en circulation le caractère
purement social de la valeur se manifeste en ceci qu'une chose sans
grande valeur en soi comme le papier, du fait qu'elle remplit une
fonction purement sociale, la circulation, acquiert une valeur qui
est déterminée, non par sa valeur propre, infime,
mais
par celle de la masse des marchandises, qui se reflète sur
les
billets. De même que la lune, astre refroidi depuis
longtemps,
ne brille que quand elle reçoit la lumière du
soleil,
de même le papier-monnaie n'a de valeur que celle que donne
aux
marchandises le caractère social du travail
incorporé
en elle. C'est la valeur du travail reflétée qui
transforme le papier en argent, de même que c'est la
lumière
du soleil reflétée qui fait briller la lune. Pour
le
papier, la lumière de valeur est en
réalité
lumière de valeur des marchandises, comme pour la
lumière
de lune est en réalité clair de soleil.
L'Autriche
avait depuis 1859 un papier-monnaie non convertible. Les florins
d'argent bénéficiaient en papier d'un agio. On
avait en
effet émis plus de papier que la circulation n'en
exigeait. Ce qui entraîna le phénomène
décrit
plus haut : la quantité de marchandises que pouvait acheter
un
florin ne dépendait plus de la valeur de l’argent
métal,
mais de celle de la masse totale des marchandises en
circulation,
qui déterminent la valeur de la somme totale de papier
monnaie. Si cette valeur des marchandises, en circulation
était
de 500 millions de florins, alors qu’on avait émis
pour 600
millions de billets, le florin-papier ne pouvait plus acheter autant
de marchandises que précédemment cinq
sixièmes
de florin d'argent. Ce qui fait que ce dernier devint
lui-même
une marchandise, car on payait davantage en florins-papier et l'on
vendait le florin d'argent à l'étranger,
où
l'on recevait en échange six cinquièmes de
florin-papier avec lesquels on pouvait payer ses dettes en
florins d'argent. Résultat : l'argent disparut de la
circulation. Un changement dans le rapport entre le florin d'argent
et le florin-papier ne peut dès lors intervenir que de deux
façons. -D'une part, avec une valeur inchangée du
florin d'argent, la vente des marchandises peut
s’accroître
par suite de l'augmentation de la circulation des marchandises. S'il
n'y a pas de nouvelle émission de papier-monnaie, le
florin-papier peut recouvrer son ancienne valeur dès que le
total des marchandises en circulation exige pour sa vente 600
millions de florins. Mais il se peut aussi, si le total des
marchandises s'accroît, que la valeur du florin-papier
s’élève
au-dessus de son point de départ, si par exemple, le total
des
marchandises exige 700 millions de florins et qu’il y a
seulement
600 millions de florins-papier en circulation, chaque florin-papier
vaudra sept sixièmes du florin d'argent. Si la
frappe du
florin d'argent est lire, on en frappera autant qu'il en faut
pour que les florins-papier et les florins d'argent atteignent une
quantité suffisante pour la circulation des 700 millions de
florins de marchandises. A ce moment-là la valeur du
florin-papier et celle du florin d'argent sera la même, et en
cas de maintien de la frappe libre la valeur du florin-papier ne sera
plus déterminée par la valeur des marchandises,
mais
par celle de l'argent métal.
Des
phénomènes semblables peuvent se produire aussi
d'une
autre manière. Supposons que la circulation des marchandises
reste la même : le florin-papier ne vaut plus que cinq
sixièmes
du florin d'argent. Mais qu'une baisse de la valeur de l'argent se
produise et qu'elle soit par exemple d'un sixième. Alors on
pourra avec un florin d’argent acheter autant de marchandises
qu'avec un florin-papier : l’agio de l'argent a disparu et
l'argent
reste en circulation. Mais si la baisse de l'argent est plus forte,
disons de deux sixièmes, alors on aura profit à
acheter
de l'argent et à l'envoyer à la frappe en
Autriche.
Cette frappe se poursuivra jusqu'à ce que le total
des
florins-papier et des florins d'argent soit devenu assez grand pour
que, bien qu'ils aient perdu deux sixièmes de leur pouvoir
d'achat ils suffisent à la circulation. Nous avons
supposé
une circulation de 500 millions de florins (d'après
leur
valeur initiale en marchandises. Nous avions 600 millions de
florins-papier. Ces derniers valaient par
conséquent cinq
sixièmes des premiers florins. Maintenant viennent s'ajouter
des florins d’argent qui ne valent que quatre
sixièmes.
Pour que les marchandises circulent, nous avons besoin de 6/4 X 500
millions de florins, soit 750 millions, composés de 600 m
millions de florins-papier et de 150 millions de florins d'argent
nouvellement frappés. Mais l'Etat veut empêcher la
dépréciation de sa monnaie, et il lui
suffit pour
cela d'interdire la frappe des florins d’argent. Son florin
reste
donc indépendant du prix du métal, sa valeur
reste donc
égale à cinq sixièmes du florin
initial; la
baisse de la valeur du métal ne s’exprime pas dans
la
monnaie métallique
Cela
contredit la thèse courante selon laquelle un florin argent
n'est en toute circonstance qu'une pièce d'argent de 1/45 de
livre et doit par conséquent avoir la même valeur;
cela
s'explique facilement quand on sait que si la frappe libre n'est pas
autorisée, la valeur de l'argent n’est
qu’un reflet de la
valeur de la totalité des marchandises en
circulation.
Etant donné que selon notre hypothèse
l’argent a
baissé de deux sixièmes mais que le florin
autrichien
n'a baissé que d'un sixième, sa valeur est
supérieure
d’un sixième au prix de la même
quantité de
métal. Il est par conséquent
surévalué.
En fait, ce phénomène est apparu en Autriche vers
le
milieu de l'année 1878. Il a été
provoqué
par le fait que, d'une part, la valeur du florin-papier devait monter
par suite de l'augmentation de la circulation, puisque la somme
totale du papier-monnaie n'a pas augmente ou pas dans la même
proportion, et d'autre part, que la valeur de l'argent a
diminué,
ce qui c'est traduit par la baisse du prix de l'argent sur le
marché
de Londres.
La
représentation schématique du
phénomène
correspond entièrement à
la
réalité. Aux Pays-Bas, la frappe libre de
l’argent a
été suspendue en mai 1873.
Tandis
que le métal argent connaissait une dévaluation
par
rapport à l'or, la monnaie d’argent hollandaise
voyait sa
valeur augmenter considérablement. « Alors
que jusqu'au début de l'année 1875
le
prix de l’argent
à Londres tombait à 57.5
pence,
la valeur de la monnaie hollandaise par rapport à la monnaie
anglaise montait au point qu'une livre sterling qui valait
jusqu’alors 12
florins
hollandais, n'en valait plus que 11,6.
Ce
qui signifiait que la valeur du florin hollandais avait
augmenté
de 10
%
par rapport à la valeur du métal qu’il
contenait 9. »
C’est
seulement en 1875
que
la pièce d'or de 10 florins fut introduite comme moyen de
paiement légal. « En
1879,
la
valeur du métal contenu dans le florin d'argent ne valait
encore que 96,85
kreutzers
et passait en 1886
à
91,95
kreutzers
et à 84,69
kreutzers
en 1891 10. »
Quant
à la monnaie autrichienne, son histoire peut être
brièvement résumée de la
manière suivante
: «
La
monnaie de la monarchie était, en vertu des lettres
patentes du 9
septembre
1857
et
du 27
avril
1858,
puis
de la loi du 1er
novembre
1858,
et
aussi en fait, une monnaie d'argent au titre de 45 florins par livre
d'argent fin. Un payement en argent comptant (par la banque
d'émission) subsista cependant durant un temps
très
court (jusqu'à la fin de l'année 1858).
En
outre, par suite des conditions politiques et financières
difficiles (qui
eurent précisément pour
conséquence une
augmentation des émissions de billets -
R.
H.), l'argent
bénéficia jusqu'en 1878
par
rapport au papier-monnaie d'un agio qui fit
disparaître
peu a peu les pièces d'argent de la circulation. Cet agio
représentait encore en 1871
plus
de 20
%,
mais diminua au cours des années 70
par
suite de la baisse extraordinaire du prix du métal argent
sur
le marché mondial. A partir de 1875,
le
prix de l'argent fut si bas qu'il se rapprocha à
plusieurs reprises du prix des pièces (45 florins par
livre),
qu'il finit par atteindre au cours de l'année. En liaison
avec
l'évolution du cours de la livre anglaise à la
Bourse
de Vienne, l'introduction d'argent dans la monnaie de Vienne et celle
de Chemnitz au moyen de la frappe de pièces dans les pays
intéressés devint rentable. En fait, les
importations
de métal argent en territoire austro-hongrois s'accrurent
considérablement en 1878
et
la frappe de pièces atteignit cette
année-là et
l'année suivante un niveau jusqu'alors inconnu 11. »
Pour
éviter une dévaluation de la monnaie, on
suspendit au
début de l'année 1879
la
libre frappe des pièces. Ce qui eut pour effet d'arracher le
pouvoir d'achat du florin autrichien à
l'influence
quasi mécanique du prix de l'argent métal, et de
le
faire évoluer à peu près
indépendamment
de la valeur du métal contenu dans le florin autrichien.
L'argent fin contenu dans 100
florins
valait en moyenne, sur la base du prix de l'argent à Londres
et du cours de la livre à Vienne :
en 1883
97,64
florins
-- 1887
91
--
-- 1888
86,08
--
-- 1889
82,12
--
-- 1891
84,70
--
Sur
ces bases, la valeur de 100
florins
autrichiens en florins d’or 12
aurait évolué de la façon suivante :
en 1883
82,38
florins
-- 1887
72,42
--
-- 1888
69,34
--
-- 1889
69,38
--
-- 1891
73,15
--
En
revanche, le cours réel de 100
florins
en monnaie autrichienne fut en moyenne au cours des années
ci-dessus indiquées. 84,08,
79,85, 81,39, 84,33, et
86,33
florins
d'or 13.
En
d’autres termes, les florins d'argent autrichiens,
pendant
cette période, étaient
surévalués,
c'est-à-dire que leur pouvoir d'achat était plus
élevé
que celui du métal qu'ils contenaient. Pour 100
florins
d'argent, la différence était, calcul en florins
d’or,
la suivante :
en 1883
1,70
florins
-- 1887
7,43
--
-- 1888
12,05
--
-- 1889
14,95
--
-- 1891
13,18
--
On
voit d'après ce tableau que le cours du florin d'argent
évolue, non pas, comme dit Spitzmüller,
à peu près
indépendamment, mais d'une façon
complètement
indépendante du prix de l'argent métal.
Spitzmüller
appelle cette monnaie « monnaie de crédit
» mais
Il ne peut indiquer ce qui en détermine le cours. Il
écrit:
« Au
cours de la période 1879-1891, le pouvoir d'achat et
d’échange
de la monnaie autrichien n'a pas été
déterminé.
en premier lieu par la valeur du métal ; bien plus, au cours
de cette période, comme l'a très bien
montré
Karl Menger dans la Neue Freie Presse du 12
décembre
1889 la valeur d'échange, du florin n'a
été
déterminée par la valeur Intrinsèque
d’aucune
monnaie existante.
« C'est
pourquoi la monnaie autrichienne n'était plus en fait que
monnaie d’argent et ce n'est même que d'une
façon
impropre qu'on pouvait l'appeler une monnaie d'argent
boiteuse.
C’était plutôt une monnaie de
crédit dont la
valeur à l'extérieur était
déterminée
en premier lieu par le bilan financier du commerce austro-hangrois et
à l'intérieur par les autres facteurs
qui créent
(sic !)
les
prix. » (p. 341.)
Son
incertitude ressort nettement du passage suivant :
« Ce
serait cependant une erreur de croire que le crédit
accordé
à la monnaie autrichienne était totalement
( ! )
indépendant des cours sur le marché de l'argent.
Mais
le fait que l'arrêt de la frappe de pièces
d'argent pour
les particuliers ne reposait que sur une décision
administrative toujours révocable et que par
ailleurs la
frappe de ces pièces se poursuivait pour le compte de l'Etat
a
joué incontestablement un certain ( ! )
rôle dans l'appréciation de notre
monnaie au
cours de la période de 1879 à 1890, car
les
facteurs ci-dessus mentionnés faisaient apparaître
comme
tout à fait incertain l'avenir de cette monnaie. En
particulier, ce n'est sûrement pas par hasard que
la baisse
récente de l'argent dans les années 1885-1888
s'est
accompagnée d'une farte hausse de notre
devise. »
(p. 311.)
Il
serait intéressant de montrer comment l'incertitude totale
concernant l'avenir de la monnaie peut se refléter
à
tout moment dans les hausses ou les baisses du cours de cette
monnaie. En fait, ce facteur subjectif n'a joué aucun
rôle,
mais seulement l'évolution des besoins sociaux de la
circulation.
Helfferich
se rapproche de la véritable explication quand il
écrit
:
« La
plus-value de l'argent frappé (pour les monnaies dont la
frappe n'est pas libre) consiste en ceci, que seul le métal
qui est passé à la frappe peut remplir les
fonctions de
l'argent et que l'Etat refuse de transformer à la demande
des
particuliers le métal en pièces de monnaie.
De
même, la valeur du papier-monnaie inconvertible repose
exclusivement sur le fait qu'il a été
déclaré
par l'Etat moyen de paiement légal, qu'il peut
être
employé pour payer des dettes existantes et qu'il jouit d'un
privilège d'Etat pour remplir les fonctions, tout
à
fait indispensables au point de vue économique, de l'argent.
La
valeur des deux sortes d'argent ne repose ni sur la valeur de la
matière dont elles sont faites, ni sur une obligation
contenue
en elles, comme c'est le cas des billets convertibles, mais
exclusivement sur le caractère qu'on leur a donné
le
mayen de payement légal. » (L'Argent,
p. 81.)
La
suspension de la frappe libre des pièces d'argent est
à
la fois la cause et l'explication du fait que la valeur de ces
pièces, comme le souligne justement Helfferich,
s'écarte
de leur valeur intrinsèque. Mais avec cela on n'explique pas
le montant de cette valeur, et c'est précisément
là
l'essentiel. Ce montant est déterminé
par la
quantité de circulation socialement
nécessaire,
laquelle à son tour est
déterminée en
dernier lieu par la valeur de la totalité des
marchandises.
Mais c'est ce que sa théorie subjective de la valeur
empêche
Helfferich de reconnaître.
En
revanche, il a raison d'écrire, contre la théorie
du
crédit défendue par Spitzmüller :
« Pour
les monnaies libres où, quelle que soit la sorte d'argent,
la
valeur intrinsèque des pièces est
inférieure à
leur valeur monétaire, il est déjà
tout à
fait impossible d’expliquer cette valeur
supérieure de la
monnaie par le crédit, parce qu'il n'en existe aucune dans
laquelle la monnaie de valeur moindre puisse être convertie
et
d'où elle pourrait tirer sa valeur du crédit. Aux
Pays-Bas de 1873 à 1875, en Autriche de 1879 à
1892 en
Inde de 1893 à 1899, il, n'y eut aucune monnaie de valeur
pleine. La valeur monétaire du florin hollandais, du florin
autrichien et de la roupie indienne, dépassant leur
valeur intrinsèque de métal, était une
valeur
tout à fait indépendante et tirée
d’aucun
outre objet de valeur. Elle ne reposait ni sur une tarification en
monnaie de valeur pleine, ni sur une convertibilité en,
monnaie pleine, mais uniquement sur le caractère donne a ces
pièces de moyen de paiement légal et sur une
Interdiction de la frappe libre des pièces. A quel point la
théorie n’a pas encore réussi
à se dégager
de la conception selon laquelle la monnaie de moindre valeur doit
être de la monnaie de crédit et tout au moins tuer
sa
valeur d'un monnaie de valeur pleine, c'est ce que montre
l’incapacite où l'on est encore aujourd'hui de
comprendre la
tenue de la monnaie autrichienne depuis 1879. Le fait que la valeur
du florin autrichien après la suppression de la frappe libre
des pièces d'argent a dépassé celle de
son
contenu en argent, ce fait a étonné surtout parce
qu'on
ne voyait pas de quelle sorte de monnaie de valeur
supérieure
le florin d'argent tirait la partie de sa valeur dépassant
celle de son conte en argent. C'est pourquoi on eut recours
à
cette explication étrange, que la valeur du florin d'argent
n'était tenue au-dessus de sa valeur monétaire
que
parce qu'il était lié au
florin-papier. »
(L'Argent,
pp. 387
sq.)
Nous
constatons en Inde des phénomènes analogues En
1883, la
frappe libre des pièces fut suspendue dans ce pays. Cette
mesure avait pour but de porter le cours de la roupie à 16
pence, cours qui correspondait, sous le régime de la frappe
libre, a un prix de l'argent d'environ 43,05 pence. Cela veut dire
qu’avec un tel prix l'argent contenu dans la roupie valait
sur le
marché de Londres, une fois fondu, 16 pence.
L’effet de la
suppression de la frappe libre fut le suivant : le cours de la
roupie passa de 14 7/8 à 16 pence. Par contre, le prix de
l’argent tomba en quelques jours de 38 pence, avant la
suppression
de la frappe libre, à 30 pence le 1er
juillet.
Après cette date, le cours de la roupie baissa, tandis que
le
prix de l’argent remontait à 34 pence 3/4 et
oscilla autour
de ce niveau jusqu'à l'arrêt des achats
d’argent
américain, le 1er novembre 1893. A ce
moment il
baissa de nouveau pour atteindre, le 26 août 1897, son cours
le
plus bas à 23 pence 3/4. En revanche, la valeur de la devise
indienne atteignit au début de septembre 1897 le cours
souhaité de 16 pence, alors que la valeur de l'argent
contenu
dans la roupie est d'environ 8,87 pence.
« Dès
le début, on a pu constater le succès obtenu
après
l'arrêt de la frappe libre des pièces, le cours de
la
roupie s'est élevé au-dessus de la valeur du
métal
et même de beaucoup plus que le coût de la frappe.
A
partir du milieu de l'année 1896, le dernier lien existant
entre le prix de l'argent et le cours de la roupie avait disparu et
le parallélisme qui subsistait encore entre leurs
mouvements,
quoique considérablement atténue ces derniers
temps,
était définitivement écarté 14.
Ce
qui torture les théoriciens de l’argent,
c’est la question de savoir quelle est, avec une monnaie dont
la
frappe n'est pas libre, la mesure de la valeur 15.
Ce n’est manifestement pas le métal dont
est faite
cette monnaie 16.
Le cours de l'argent et le prix du métal suivent des
mouvements tout à
fait
différents. La théorie de la quantité
est
considérée avec raison depuis la preuve de Tookes
comme
insoutenable. A cela s'ajoute qu'on ne peut mettre en relation
la masse de métal d'un côté, et la
masse des
marchandises de l'autre. Quel rapport doit-il y avoir entre 1
kilo d'or ou d'argent, ou même de papier, et a
millions
de bottines, b
millions
de boîtes de cirage, c
quintaux de froment, d
hectolitres
de bièree La mise en rapport de la masse d'argent, d'un
côté,
de la masse des marchandises, de l'autre, suppose
déjà
quelque chose de commun, précisément le rapport
de
valeur, qu'il s'agit d'expliquer.
Mais
faire intervenir le pouvoir de l'Etat ne suffit pas non plus.
Personne n'expliquera jamais comment l'Etal peut donner, ne serait-ce
que pour un centième de centime, à
un
billet ou à un gramme d'argent un plus grand
pouvoir
d'achat par rapport aux vins, aux bottines, aux boîtes de
cirage, etc. Sans compter que chaque fois qu'il l'a essayé,
il
n'y a pas réussi. Le désir qu'il avait de donner
à
la roupie un cours de 16 pence n'a au début servi
à
rien au gouvernement de l'Inde. La roupie ne s'en souciait pas, et le
résultat
qu'obtint le gouvernement fut de rendre le cours de la roupie
totalement imprévisible, car il ne se soucie plus du prix du
métal argent. Quant à l'Etat autrichien, la
hausse du
florin d'argent fut pour lui une surprise complète, sans
qu'il
y eût de sa part une intervention quelconque. Ce qui
égare
les économistes 17
est
le fait que l'argent semble avoir conservé son
rôle de
mesure de valeur. Naturellement, après comme avant, les
marchandises continuent à
être
« mesurées »
en argent. Après comme avant, l'argent apparaît
comme
« mesureur
de valeur ». Mais la valeur de ce
« mesureur de
valeur » n'est plus déterminée
par la valeur
de la marchandise qui le crée, celle de l'or ou du
métal
blanc, ou encore du papier, mais par la valeur totale des
marchandises en circulation (à
vitesse
de circulation égale). Le véritable
mesureur de
valeur n'est pas l'argent, mais le « cours »
de l'argent est déterminé par ce que j'appellerai
la
valeur
de circulation socialement nécessaire, qui
est donnée - si nous tenons compte également de
la
fonction de circulation de l'argent que nous avons laissée
de
côté jusqu'ici pour la simplification et dont nous
aurons à parler en détail par la formule
:
somme
totale des marchandises
__________________________
vitesse
de circulation de l'argent
plus
la somme des paiements à effectuer, moins ceux qui se
compensent, moins enfin le nombre des mouvements où la
même
pièce d'argent fonctionne, tantôt comme moyen de
circulation, tantôt comme moyen de paiement. C'est
naturellement une mesure dont la grandeur ne peut pas être
calculée d'avance. Le maître
d'arithmétique qui
est seul en état de faire l'opération est la
société.
Cette grandeur varie et avec elle le cours de l'argent. C'est
ce
que montrent très nettement les variations du cours de la
roupie indienne de 1893 à 1897, comme les fluctuations de la
devise autrichienne. Ces fluctuations sont
évitées dès
qu'une marchandise de valeur, comme l'or ou l'argent, fait de nouveau
fonction de mesure de valeur. Pour cela il n'est pas du tout
nécessaire que le papier-monnaie ou une monnaie qui n'a pas
la
valeur requise disparaisse de la circulation ; il suffit qu'elle soit
ramenée à un minimum et que les fluctuations qui
dépassent ce minimum soient écartées
par
l'introduction de monnaie de pleine valeur.
L'histoire
des monnaies dont la frappe n'est pas libre ou de la
« monnaie
blanche à bordure dorée », du
« système
marginal de l'or », ainsi qu'on a appelé
le système
monétaire indien ou d'autres semblables, perd tout
caractère
mystér