Le château du Verger.

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Château bâti à la place d'une ancienne forteresse à la fin du XV ème par l'illustre Maréchal de Gié, Pierre de Rohan (Voir les armoireries du maréchal). Mais à la suite d'un problème d'héritage et de fortune, le château fut démonté pièce par pièce pour ne laisser que les deux ailes de service. Il fût en son temps l'un des plus beaux si ce n'est le plus beau château de France. D'illustres visiteurs y séjournèrent : Charles VIII en 1488, François I en 1518, Charles IX en 1565, Henri IV en 1598, Louis XIII en 1620, pour ne citer que les rois de France. D'un point de vue historique, c'est ici que fûrent pilotées les guerres de Bretagne en 1488 et que fût signé le traité de rattachement de la Bretagne à la France : le traité du Verger.

Le chateau, désormais laissé à l'abandon, a récemment été inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques grace à la tenacité des adhérents de l'Association Patrimoine Environnement Matheflon et malgré de vives oppositions. Ce nouveau statut lui offre une protection supplémentaire et une reconnaissance à l'histoire passionante qu'il s'y est déroulée.


Le chateau en 1650

 


Mais laissons nous guider par cet extrait d'André Sarazin, archiviste ("Manoirs et gentilshommes d'Anjou") :

        Seiches-sur-le-Loir possède un vaste château, le Verger, qui eut en son temps la réputation d'être l'un des plus beaux de France, sinon le plus beau. On venait de loin pour le voir, les voyageurs se détournaient de leur route pour le visiter, les rois et les grands personnages de l'état y séjournaient volontiers. Aujourd'hui encore le Verger est une noble demeure aux imposantes proportions - deux longs bâtiments se font face de chaque côté d'une cour d'honneur immense; à cette cour on accède par un pont jeté sur les douves, fermé d'un portail entre deux tourelles à plate-forme rase; à chaque extrémité des corps de logis, vers le couchant, se dresse une grosse tour couronnée de mâchicoulis et d'altières toitures en poivrières...


Le château en 1906

Voilà, dira- t-on, une forte imposante demeure. Eh bien, le Verger n'est pourtant de nos jours qu'un très pâle reflet de sa splendeur d'autrefois. Les deux bâtiments que nous voyons encore, dont l'un est devenu le château proprement dit et l'autre les communs, n'étaient jadis que deux ailes - logis des cavaliers à droite, quartier des gens de pied à gauche - deux ailes avancées précédant le grand logis seigneurial qui s'étendait entre eux au fond de la cour et auquel on accédait par un second pont- levis; on y trouvait, outre les appartements des châtelains, une grande salle des fêtes, la galerie de Vénus et un escalier monumental, ouvrant au centre, surmonté de la statue équestre du constructeur. Par-delà cette construction se trouvait encore une autre cour : là bordaient les appartements des officiers et ceux des demoiselles; là terminait au fond, parallèle au logis seigneurial, un dernier corps de bâtiment contenant chapelle, salle de comédie et galerie supérieure communiquant à la chambre du roi et à la chambre du conseil. Quatre autres tours, également disparues, correspondaient à celles qu'on voit encore. Ce véritable palais où l'on n'est pas étonné de trouver la « chambre du roi » - mais le roi n'y venait qu'en invité ! - était environné d'immenses jardins s'étendant jusqu'au Loir; le mur d'enclos du parc mesurait plus d'une lieue : on y voyait "plusieurs étangs, viviers, boys, fontaines, bestes, oiseaux et autres déduitz et plaisirs... " On y découvrait en se promenant la maison de Plaisance donnant abri au promeneur, une autre grande maison nommé le Chenil, un jeu de mail, un jeu de courte paurne...

Qui donc avait bâti cette splendide habitation, fait mettre sa statue au-dessus de la principale porte, graver ses armes - de gueules à neuf macles d'or - sur le beffroi central ? Ce fastueux personnage était un Rohan - « Roi ne puis, Prince ne daigne, Rohan suis », dit leur devise, et ce Rohan était l'un des plus glorieux personnages que cette illustre maison a fourni à la France; c'était Pierre de Rohan, chevalier, sieur de Gié, du Verger et de Ham, maréchal de France, que l'on connaît sous le nom de maréchal de Gié. Louis XI l'avait fait maréchal en 1475 et, cinq ans plus tard, il avait été l'un des quatre seigneurs qui gouvernèrent le royaume pendant la maladie du roi à Chinon. Ensuite, sous Charles VIII, il sauva la Picardie, qu'allait envahir l'archiduc d'Autriche; puis il fît les guerres d'Italie. Louis XII, reconnaissant ses mérites, le fît chef de son conseil, son lieutenant en Bretagne... Il eut un jour, hélas! le malheur de déplaire à la reine - Anne de Bretagne "étoit fort prompte à la vengeance et pardonnait malaisément", écrit Brantôme... "Elle ne chôma pas sur la vengeance, le fit chasser de la cour; ce fut alors que ce maréchal, ayant achevé de faire bâtir sa belle maison du Verger et s'y retirant, dit qu'à bonne heure la pluie l'avait pris, pour se mettre si à propos à couvert sous cette belle maison ".. Il se trouvait qu'il avait fait des fautes nul n'est parfait. On lui fit son procès, mais la reine ne voulut pas qu'il fût condamné à mort, "d'autant, disait-elle, que la mort est le vrai remède de tous maux et qu'étant mort il serait trop heureux !" Il lui fut fait défense de s'approcher désormais de la Cour et c'est ainsi que le maréchal partagea dès lors son temps entre le Verger et ses autres possessions, entre autres le château de Mortiecrolle qu'il avait également fait bâtir. Il devait enfin mourir à Paris, en 1513, après la reine; son corps fut rapporté dans l'église Sainte-Croix du Verger, également édifiée par lui à quelques distances du château et desservie par treize chanoines on lui fit un mausolée - statue en porphyre sur socle de marbre noir - le représentant couché en habits de guerre : pauvre statue. Achetée en 1820 pour 100 francs par un marbrier, elle allait être débitée en rosaces... Les Rohan conservèrent le Verger presque jusqu'à la fin de l'ancien régime. Le prince de Rohan-Guémené devait pourtant le vendre en 1770 à un certain M. Héard de Boissimon ; celui-ci ne l'eut pas plutôt acquis qu'il commença à se flatter de ce que sa dépouille reposerait à côté de celles des illustres Rohan... Ce fut cette vantardise qui causa la ruine du magnifique château : il existait dans l'ancien droit français une disposition, le retrait lignager, qui permettait aux. différents membres d'une famille de racheter de force, pendant un délai déterminé, à ceux qui l'avaient acquis, le patrimoine familial aliéné par l'un des leurs ; le cardinal de Rohan exigea donc le retrait lignager afin que M. Héard de Boissimon n'ait point la suprême félicité de dormir son dernier sommeil dans l'enfeu des Rohan. Mais que faire du Verger ? Le cardinal en décida alors la démolition, qui fut entreprise dès 1776. 115 milliers de tuffeaux, 2 000 pieds de charpente, 60 000 pieds de bois de chêne, etc., allaient en être tirés. Un riche fermier nommé Leroy acheta ce qui restait du magnifique château, où avaient séjourné tant de rois et de princes. Charles VIII en 1488, François 1 en 1518, Charles IX en 1565 avec sa mère, sa soeur Margot et son frère d'Orléans, puis de nouveau en 1570; en 1598, Henri IV, qui y passa une semaine avant d'aller recevoir la soumission du duc de Mercoeur. Sa veuve, Marie de Médicis, gouvernante de l'Anjou, y vint deux fois, de même que son fils Louis XIII, qui le 4 juin 1629, y amena la jeune infante d'Espagne, Anne d'Autriche, reine de France... Lors de la Révolution, le citoyen Leroy, nouveau propriétaire, prétendit que son nom, rappelant la "tyrannie ", lui faisait horreur : il demanda qu'on l'appelât Duverger... Or, l'un de ses fils fit une belle carrière dans les armées de la Révolution et de l'Empire . il fut fait général et il fut fait baron - ce fut le général baron Leroy du Verger. Que dut penser dans sa tombe le fier cardinal de Rohan?

André Sarazin, archiviste, "Manoirs et gentilshommes d'Anjou"


 




Le château de nos jours

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