«
Quelque chose à dire », 3ème album de « Chère louise », on aimerait que ça ne soit
pas le dernier de la trilogie !
Le chiffre 3 pourtant ne porte pas toujours bonheur
James Dean ? 3 films et basta
pour léternité ! Heureusement, Truffaut nous rassure : il affirme quon ne
sait rien faire avant davoir essayé 3 fois et cest à ce moment-là que tout
commence
Alors, les « Chère louise » nont pas fini de nous dire quelque
chose
Des choses à dire, à dire à qui ? A nous ? A vous ? A eux ?
Alors, écoutez- les
et
il faudra « leur » dire.
Dans cet album, toujours leur marque de fabrique, cest lamour qui remonte
à la source, on ne se refait pas et on ne tient pas à ce que ça change. Dans la
mosaïque de leurs chansons, des histoires banales de leurs vies de trentenaires tout
neufs quils étaient, il ny a pas si longtemps
Ils sont à
contre-courant de la mode avec un hommage à leurs mères : on y glisse des souvenirs
adolescents de leurs « quatre cent coups » pour dire quon na jamais osé
leur dire merci en face. Pudeur à fleur de peau.
Cest quon na pas vraiment envie de grandir, Peter Pan fait souvent un
clin dil dans les albums-photos
Ah ! Vivre encore un peu dans une
histoire de Tintin, savoir comment ça fait, encore une fois, quand Thomas est
amoureux
Cest sûr, on va y arriver à la maturité, la vraie de vraie, mais
à reculons, laissez le temps, sil vous plaît ! Cest pour ça que les
mélodies sont tendres, lisses, pétillantes sous les doigts « à Gilles » sur le piano
; de petites scènes de comédie avec du réel plein les poches, une vraie petite fable
sur le vif que « les oies de loncle Armand » avec la chute et tout et tout à la
façon Trenet. Antidote à la morosité quand la vie nous met des couleurs sur les mots.
Mais « Chère louise » veut nous dire encore autre chose et
notre mémoire se met en marche toute seule en les écoutant : la mort de Kennedy a ravi
dun coup linsouciance de nos vingt ans ; cétait un sale jour de
novembre 1963; eux aussi, ils ont senti comme le monde peut basculer un beau jour de onze
septembre, comme il peut leur faire du mal, à leurs gosses surtout, alors ils veulent
témoigner de la douleur des hommes, nous dire quil ny a rien dautre à
offrir que lespérance
et les choses les plus simples
aller ensemble aux
champignons et la chanson, sous son air de rien nous met KO debout.
A deux pas de là, on va glisser doucement vers le souvenir-sépia de François, un poilu
de chez nous, fauché par la grande broyeuse et quand les larmes poussent toutes seules,
on entend les percussions dAmar qui battent le tambour, la contrebasse de Guy qui se
fait âpre et la guitare de Renaud prend lâme dun violon
Le bruit de
labsence, si lourd.
Depuis leur premier album, linstrumentation sest enrichie
de trouvailles de qualité qui collent aux variations des mélodies ; on passe de
lintime aux pétillances de lhumour avec des morceaux toniques et gouailleurs
qui pointent le nez sous les accents graves des instants fragiles. « Les instants
fragiles »
ça pourrait être un sous-titre à leur album. Les voix se mêlent,
saccordent et se répondent avec complicité ; chacun apporte sa touche personnelle,
son regard, sa sensibilité, son humeur dans les mots quils tricotent ensemble, sans
besoin de personne. Un peu trop sages les « chère louise » ? Cest leur choix et
on ne reproche rien au moment où limpudeur électronique et électrique fait
fortune. Eux, ils nont jamais eu la folie des marches sur un tapis rouge
On a bien compris qu « ils » avaient simplement quelque chose dautre à nous
dire. Lartiste Minh Tran signe le livret et la jolie pochette acidulée : le
cur est dessus et dans le secret des pages, vous chercherez dedans tous les mots qui
vont avec. Allez, Bella Ciao ! Bravo « chère louise », il faudra leur dire.
Françoise Blanchard - Décembre 2003 |
| A petites gorgées - Ca
coule, ça glisse, ça sécoute, ça se réécoute, ça peut même se goûter à
petites gorgées
Vous savez
La première gorgée de bière
On a envie de
les revoir les Chère Louise mais ils se font rares !
On ne peut pas dire quils saffichent, quils se prennent pour,
quils «sen croient», ce serait trop pour eux ; ils ne collent pas avec le
tapage, pas de coton dans les oreilles, leurs décibels ne vous arrachent pas le tympan.
De
scène de poche, de ptits cafés en cafés tout court, de salles des fêtes de
village aux théâtres du dimanche avec des rideaux rouges, ils savent nous donner le
meilleur. Leurs textes cousu-main, taillés à leur mesure, petits points et faux -fils
apparents oscillent entre le passé et le présent où avec des «si» et des
«pourquoi», ce serait si bien de pouvoir refaire le monde.
Les complices sont toujours huit en scène, cest ce qui leur va le mieux et les
Chère Louise, avec autant de pattes que les araignées, tissent leur toile sans changer
de fil même si ladolescence sest éloignée. Libérés dinfluences, ils
ont atteint en douceur lâge de la maturité sans se défaire de rien mais sans
amertume
Seulement épingler la vie, picorer le monde et ses facéties tragi-comiques
avec indulgence et humour pour en faire des images sorties comme dun film de Tati
!
Portraits miniatures, émotions vagabondes, rengaines bien enlevées, ça balance entre
nostalgie et modernité et...la photo est bonne ! Ce sont des faiseurs dhistoires et
des croqueurs de vie jusque dans la spontanéité des intermèdes.
«Puisquil faut que lon séloigne», on sort du concert en gardant dans
sa poche comme un cadeau : les Chère Louise nous en ont laissé un, le seul qui vaille la
peine, le cadeau dune vraie rencontre, celle des mots qui chantent, de ceux
quon aime entendre quand la vie est pleine à craquer, côté réglisse et côté
brouillard. Des mots, simplement justes.
On a tous envie de bleu sous la pluie et le «bleu louise» des Chère Louise, a la
couleur de la sincérité, ça leur va comme un gant, cest du cur. |
Les couleurs d'Esteban
-
Chère Louise ? Ils sont quatre ! Cinq !.. Non, six !... Excuse-moi, partner, ils sont
huit et si on compte leurs mômes à tous, ça fait bientôt la douzaine et petite Louise
n'est pas la dernière... Après les répètes du vendredi soir, ça fait du monde au
balcon !
Bon sang, c'est qu'ils sont culturés les "Chère Louise", ils ont fait les
lycées Berthollet, Fauré et même bien pire mais ça se voit pas, leur truc à eux,
c'est la zique... Et quand on a bien gratté sur les accords de Brassens puis rêvé aux
rimes de Renaud depuis bientôt vingt ans, les voilà enfin qui décollent ensemble pour
de bon, qui se creusent la tête, réinventent des mots, des idées et des notes sur des
bouts de papier avec des lignes... On écrit, on jette, on déchire, on barre, on rature,
on aime, on déteste, on gomme... et un jour ça repart, c'est comme dans la vie, quoi !
Il en faut des arrangements et c'est tellement mieux quand ça le fait !
Chère Louise, c'est acoustique, sans contrefaçon, un peu swing, guitares et
contrebasse, jazzy-musette, accordéon bastringue, percus en sourdine, piano nostalgique
et doux avec les jolis mots qui ne font pas trop mal, des souvenirs dans des bulles de
savon... leurs histoires à eux... Et ça balance avec tout ça !
C'est pas pour l'avenir qu'ils écrivent, ils sont loin du chaud bizz "à quoi ça
sert de quitter ceux qu'on aime pour aller faire tourner des ballons sur son nez ?"
Ce serait beau dommage, ils sont d'ici et à la montagne, on sait garder les pieds sur
terre.
"Les Couleurs d'Esteban" est leur deuxième album, c'est comme une lettre
qu'ils nous envoient, on peut l'écouter avec une petite larme sur la joue, y'a pas de mal
à ça ! Merci Chère Louise et à bientôt, on vous répondra, c'est promis.
Françoise B. - Paroles & Musique
(1) Esteban Murillo, peintre espagnol 1618-1682. |