Françoise et ses compositions de paroles de chansons et critiques musicales..
(Extraits du site Chère Louise)

___________________________________________________
 

  Les instants fragiles... et les autres

« Quelque chose à dire », 3ème album de « Chère louise », on aimerait que ça ne soit pas le dernier de la trilogie !
Le chiffre 3 pourtant ne porte pas toujours bonheur… James Dean ? 3 films et basta pour l’éternité ! Heureusement, Truffaut nous rassure : il affirme qu’on ne sait rien faire avant d’avoir essayé 3 fois et c’est à ce moment-là que tout commence… Alors, les « Chère louise » n’ont pas fini de nous dire quelque chose…
Des choses à dire, à dire à qui ? A nous ? A vous ? A eux ?… Alors, écoutez- les et… il faudra « leur » dire.

Dans cet album, toujours leur marque de fabrique, c’est l’amour qui remonte à la source, on ne se refait pas et on ne tient pas à ce que ça change. Dans la mosaïque de leurs chansons, des histoires banales de leurs vies de trentenaires tout neufs qu’ils étaient, il n’y a pas si longtemps… Ils sont à contre-courant de la mode avec un hommage à leurs mères : on y glisse des souvenirs adolescents de leurs « quatre cent coups » pour dire qu’on n’a jamais osé leur dire merci en face. Pudeur à fleur de peau.
C’est qu’on n’a pas vraiment envie de grandir, Peter Pan fait souvent un clin d’œil dans les albums-photos… Ah ! Vivre encore un peu dans une histoire de Tintin, savoir comment ça fait, encore une fois, quand Thomas est amoureux… C’est sûr, on va y arriver à la maturité, la vraie de vraie, mais à reculons, laissez le temps, s’il vous plaît ! C’est pour ça que les mélodies sont tendres, lisses, pétillantes sous les doigts « à Gilles » sur le piano ; de petites scènes de comédie avec du réel plein les poches, une vraie petite fable sur le vif que « les oies de l’oncle Armand » avec la chute et tout et tout à la façon Trenet. Antidote à la morosité quand la vie nous met des couleurs sur les mots.

Mais « Chère louise » veut nous dire encore autre chose et notre mémoire se met en marche toute seule en les écoutant : la mort de Kennedy a ravi d’un coup l’insouciance de nos vingt ans ; c’était un sale jour de novembre 1963; eux aussi, ils ont senti comme le monde peut basculer un beau jour de onze septembre, comme il peut leur faire du mal, à leurs gosses surtout, alors ils veulent témoigner de la douleur des hommes, nous dire qu’il n’y a rien d’autre à offrir que l’espérance… et les choses les plus simples… aller ensemble aux champignons et la chanson, sous son air de rien nous met KO debout.
A deux pas de là, on va glisser doucement vers le souvenir-sépia de François, un poilu de chez nous, fauché par la grande broyeuse et quand les larmes poussent toutes seules, on entend les percussions d’Amar qui battent le tambour, la contrebasse de Guy qui se fait âpre et la guitare de Renaud prend l’âme d’un violon…Le bruit de l’absence, si lourd.

Depuis leur premier album, l’instrumentation s’est enrichie de trouvailles de qualité qui collent aux variations des mélodies ; on passe de l’intime aux pétillances de l’humour avec des morceaux toniques et gouailleurs qui pointent le nez sous les accents graves des instants fragiles. « Les instants fragiles »… ça pourrait être un sous-titre à leur album. Les voix se mêlent, s’accordent et se répondent avec complicité ; chacun apporte sa touche personnelle, son regard, sa sensibilité, son humeur dans les mots qu’ils tricotent ensemble, sans besoin de personne. Un peu trop sages les « chère louise » ? C’est leur choix et on ne reproche rien au moment où l’impudeur électronique et électrique fait fortune. Eux, ils n’ont jamais eu la folie des marches sur un tapis rouge…

On a bien compris qu’ « ils » avaient simplement quelque chose d’autre à nous dire. L’artiste Minh Tran signe le livret et la jolie pochette acidulée : le cœur est dessus et dans le secret des pages, vous chercherez dedans tous les mots qui vont avec. Allez, Bella Ciao ! Bravo « chère louise », il faudra leur dire.

Françoise Blanchard - Décembre 2003

* * * * * *

A petites gorgées -

Ca coule, ça glisse, ça s’écoute, ça se réécoute, ça peut même se goûter à petites gorgées…Vous savez …La première gorgée de bière…On a envie de les revoir les Chère Louise mais ils se font rares !
On ne peut pas dire qu’ils s’affichent, qu’ils se prennent pour, qu’ils «s’en croient», ce serait trop pour eux ; ils ne collent pas avec le tapage, pas de coton dans les oreilles, leurs décibels ne vous arrachent pas le tympan.

De scène de poche, de p’tits cafés en cafés tout court, de salles des fêtes de village aux théâtres du dimanche avec des rideaux rouges, ils savent nous donner le meilleur. Leurs textes cousu-main, taillés à leur mesure, petits points et faux -fils apparents oscillent entre le passé et le présent où avec des «si» et des «pourquoi», ce serait si bien de pouvoir refaire le monde.

Les complices sont toujours huit en scène, c’est ce qui leur va le mieux et les Chère Louise, avec autant de pattes que les araignées, tissent leur toile sans changer de fil même si l’adolescence s’est éloignée. Libérés d’influences, ils ont atteint en douceur l’âge de la maturité sans se défaire de rien mais sans amertume…Seulement épingler la vie, picorer le monde et ses facéties tragi-comiques avec indulgence et humour pour en faire des images sorties comme d’un film de Tati !…

Portraits miniatures, émotions vagabondes, rengaines bien enlevées, ça balance entre nostalgie et modernité et...la photo est bonne ! Ce sont des faiseurs d’histoires et des croqueurs de vie jusque dans la spontanéité des intermèdes.

«Puisqu’il faut que l’on s’éloigne», on sort du concert en gardant dans sa poche comme un cadeau : les Chère Louise nous en ont laissé un, le seul qui vaille la peine, le cadeau d’une vraie rencontre, celle des mots qui chantent, de ceux qu’on aime entendre quand la vie est pleine à craquer, côté réglisse et côté brouillard. Des mots, simplement justes.

On a tous envie de bleu sous la pluie et le «bleu louise» des Chère Louise, a la couleur de la sincérité, ça leur va comme un gant, c’est du cœur.

* * * * * *

Les couleurs d'Esteban - 

Chère Louise ? Ils sont quatre ! Cinq !.. Non, six !... Excuse-moi, partner, ils sont huit et si on compte leurs mômes à tous, ça fait bientôt la douzaine et petite Louise n'est pas la dernière... Après les répètes du vendredi soir, ça fait du monde au balcon !
Bon sang, c'est qu'ils sont culturés les "Chère Louise", ils ont fait les lycées Berthollet, Fauré et même bien pire mais ça se voit pas, leur truc à eux, c'est la zique... Et quand on a bien gratté sur les accords de Brassens puis rêvé aux rimes de Renaud depuis bientôt vingt ans, les voilà enfin qui décollent ensemble pour de bon, qui se creusent la tête, réinventent des mots, des idées et des notes sur des bouts de papier avec des lignes... On écrit, on jette, on déchire, on barre, on rature, on aime, on déteste, on gomme... et un jour ça repart, c'est comme dans la vie, quoi ! Il en faut des arrangements et c'est tellement mieux quand ça le fait !

Chère Louise, c'est acoustique, sans contrefaçon, un peu swing, guitares et contrebasse, jazzy-musette, accordéon bastringue, percus en sourdine, piano nostalgique et doux avec les jolis mots qui ne font pas trop mal, des souvenirs dans des bulles de savon... leurs histoires à eux... Et ça balance avec tout ça !

C'est pas pour l'avenir qu'ils écrivent, ils sont loin du chaud bizz "à quoi ça sert de quitter ceux qu'on aime pour aller faire tourner des ballons sur son nez ?" Ce serait beau dommage, ils sont d'ici et à la montagne, on sait garder les pieds sur terre.
"Les Couleurs d'Esteban" est leur deuxième album, c'est comme une lettre qu'ils nous envoient, on peut l'écouter avec une petite larme sur la joue, y'a pas de mal à ça ! Merci Chère Louise et à bientôt, on vous répondra, c'est promis.

Françoise B. - Paroles & Musique

(1) Esteban Murillo, peintre espagnol 1618-1682.

* * * * * *