Témoignage de Christel :
Nous avons adopté un chien chez un éleveur, et nous souhaitions un chien très bien élevé que l’on pouvait amener partout, aussi bien au restaurant que dans les bois.
Notre souci premier était de savoir si nous étions capables de le rendre heureux et surtout nous avions peur de le faire souffrir d’ennui à cause de nos absences pour le travail.
Ma situation professionnelle m’a permis de passer les deux mois suivant l’arrivée du chiot à la maison, et j’ai pu ainsi lui apprendre la propreté, la marche en laisse, le brossage, et j’ai aussi beaucoup joué avec lui afin qu’il se dépense au maximum.
Puis, sur les conseils de notre entourage et de l’éleveur, qui nous ont indiqué que c’était une « race » de chien qui adorait travailler, nous avons décidé de l’amener dans une école de chiots au sein d’un club canin agréé quand il a eu 4 mois. Dans notre optique c’était le moyen de lui faire rencontrer d’autres chiens (notre entourage n’en n’a pas), et une occasion également de parfaire son éducation avec les conseils de spécialistes.
Ainsi vint la première séance. Le principe : les chiots de 3 à 6 mois sont rassemblés dans un enclos en cercle d’un diamètre de 15 mètres. Les maîtres sont avec eux, et on les lâche pendant 5 ou 10 minutes pour qu’ils fassent connaissance. Ensuite chacun reprend son chien en laisse, et on travaille le rappel, la sociabilité, le assis-couché-debout avec également des passages sur des appareils type agility à taille réduite, le tout accompagné de friandises.
Lors de notre première séance, quand j’ai détaché mon chien, il a eu peur, et il ne voulait pas sortir d’entre mes jambes, jusqu’à ce qu’un autre chien plutôt agressif se jette sur lui pour le mordre. Là mon chien a cherché à fuir, mais comme l’enclos était assez exigu, il s’est jeté sur la clôture et, en se débattant il a réussi à passer par-dessus. Il a ainsi pris la fuite direction le parking et la route.
J’ai réussi à le faire revenir vers moi en dehors de l’enclos, mais quand j’ai voulu le faire revenir à l’intérieur, ça a été très différent : il se débattait, il me mordillait les mains.
L’éducatrice alors présente m’a demandé de lui remettre la laisse et de le traîner jusqu’à l’enclos. Chose que j’ai faite bien entendu, car c’était des spécialistes, et vu que d’après eux l’attitude de mon chien était normale, pourquoi désobéir ? Nous avons donc continué cette séance et les suivantes…..
L’attitude de mon chien dans cet enclos n’a jamais changé : quand tous les chiens étaient attachés il n’y avait pas de problème particulier, il obéissait aux ordres (avec un morceau de saucisse), il faisait presque tous les appareils. Par contre en début et en fin de séance quand les chiens étaient détachés, il se tenait le plus éloigné possible des autres en se cachant derrière les appareils.
Ce qui nous embêtait le plus, c’était son attitude face aux êtres humains : dés que les gens voulaient le caresser, il avait un mouvement de recul, et il se retournait sur les éducatrices dés qu’elles voulaient le tenir en laisse. Au départ, elles nous disaient que c’était normal et qu’il fallait insister, mais dés que notre chien a eu 5 mois, on nous a gentiment expliqué que notre chien était trop gros pour l’école des chiots, qu’il faisait peur aux autres, et qu’il était temps de passer avec les plus vieux en cours d’obéissance.
Nous nous sommes donc fiés à leur jugement, tout en sachant que la seule chose que l’on avait vu jusqu’à présent, c’était notre chien qui avait peur des autres plutôt que le contraire…. Mais bon, nous avions affaire à des spécialistes……
Nous voilà donc arrivés à la première séance avec l’éducateur d’obéissance et d’agility. Nous étions avec lui accompagnés de l’éducatrice de l’école des chiots qui a expliqué l’attitude de notre chien face à elle : refus de la suivre en laisse, refus à ce qu’elle le touche allant même jusqu’au mordillement. La réponse de l’éducateur a été très simple : « je vais vous montrer moi, s’il ne va pas me suivre ! ». Après l’avoir équipé d’un collier étrangleur, l’éducateur a donc pris notre chien en laisse et a commencé à vouloir le faire marcher au pied : mon chien n’avait aucune envie de le faire, et un « combat » s’est donc joué entre eux deux : le chien bataillait pour ne pas avancer, et l’éducateur mettait de grands coups de laisse pour l’obliger à venir et à le suivre. Je pense que ces 10 ou 15 minutes sont les plus horribles que mon chien a du passer de toute son existence ! Il criait, car il devait avoir mal avec le collier qui lui serrait la gorge, et le moniteur continuait à avancer en le traînant derrière lui. Comment a-t-on pu laisser faire ça ? Nous avions la sensation d’être face à des personnes qui connaissaient les chiens….
Malgré tout, le rendez-vous était pris la semaine suivante pour son premier vrai cours d’obéissance. Au démarrage, c’était la marche au pied en laisse côté gauche. On se suivait tous en file indienne en formant un grand cercle : la première séance de marche à l’étrangleur n’avait pas changé grand-chose, mon chien me sautait toujours dessus, et il ne marchait toujours pas au pied.
Ensuite nous étions divisés par groupe de 4 à 10 couples homme / chien, et nous étions confié à un éducateur qui nous faisait travailler individuellement au sein de ce groupe. Lors de ces séances, le chien était constamment attaché, n’avait pas le droit de sentir ou de regarder un de ses congénères.
Pour travailler la socialisation, il fallait mener son chien en laisse en zigzagant entre les personnes présentes et leur chien maintenu assis à leur pied : à aucun moment le chien ne devait manifester le moindre intérêt. S’il le faisait, il fallait lui donner un bon coup de collier et lui dire « NON », afin qu’il comprenne que rien ne devait l’intéresser en dehors de son maître. Le mien n’était pas très bon dans cet exercice, car il attaquait les chiens s’ils passaient trop près de nous, on se faisait disputer car je ne le maintenais pas assis au garde à vous pendant que les autres travaillaient. Au contraire, il était plutôt couché, essayait d’aller jouer avec ceux d’à côté (les plus jeunes) ou alors il aboyait sur tout ce qu’il y avait alentours. En fait, on sentait que notre chien ne s’amusait pas du tout, et nous, ses maîtres, non plus d’ailleurs.
Alors nous avons essayé l’agility. Les chiens là aussi demeurent toujours attachés en attendant leur tour et ils n’ont toujours pas la possibilité de communiquer avec leurs congénères. Le premier cours est donné par notre éducateur chargé du « débourrage » de notre chien….. Et chose que je ne comprends que maintenant, quand je faisais passer les obstacles en laisse mon chien les prenait très bien, mais dès que je lui enlevais la laisse il partait à 30 mètres du lieu où nous étions pour se réfugier dans un fossé, A ce moment là, je m’étais dit que c’était à cause de la chaleur et de la fatigue de mon chien, mais maintenant je sais que la seule chose qu’il fuyait, c’était l’éducateur.
Malgré tout nous avons continué un peu l’agility : deux séances de plus. Au moins notre chien se dépensait. Le seul souci que nous avions c’est qu’il refusait de faire quoi que ce soit dès qu’un éducateur se trouvait à proximité de nous. Par contre, dès que l’éducateur sortait du terrain mon chien passait tous les appareils que je lui présentais sans aucune difficulté.
Face à ce nouveau souci, une seule solution proposée par les éducateurs : « l’obéissance ! On ne peut pas faire d’agility si le chien n’écoute rien ! ».
Nous sommes donc repartis à l’obéissance, ce qui pour nous n’était pas plus mal, car on avait de plus en plus de mal à promener notre chien en laisse : il attaquait tout ce qui était chien, il ne se laissait pas approcher par les êtres humains, encore moins caresser, et il se rebellait de plus en plus après moi !
En parallèle, il faut savoir que nous avions également un vétérinaire, plutôt réfractaire à notre chien : il en avait peur, et selon lui la seule façon d’arriver à faire quelque chose de bien avec lui, c’était de lui montrer qui était le chef. Donc selon ses conseils, il fallait à chaque grognement, rébellion, aboiement ou autre attitude inconcevable, l’attraper par le cou et le coller à terre en lui disant « NON » jusqu’à ce qu’il arrête…. Ça n’a jamais marché, bien au contraire, nous en sommes arrivés finalement au combat au corps à corps, et j’ai ainsi hérité d’une belle cicatrice au bras…….
Revenons donc aux séances d’obéissance : rien de changé dans le déroulement et l’attitude de mon chien, bien au contraire il en ressort de plus en plus frustré : il a envie de jouer avec ses congénères mais c’est parfaitement impossible : « ils ne sont pas là pour ça » !
Et ne parlons pas des séances en petit groupe : son aversion envers les moniteurs est de plus en plus prononcée et leur crainte (surtout les femmes) face à lui de plus en plus visible, mais les recommandations sont les mêmes : « ce n’est pas lui qui commande, il faut être plus ferme ! ».
Comme nous changions d’éducateur à chaque séance, les conseils changeaient chaque semaine : pour certains, il fallait interpeller son chien avant de démarrer la marche au pied, pour d’autres, surtout pas le seul mode de langage c’était le collier…. etc., donc très difficile de s’y retrouver d’une semaine sur l’autre….
Et puis, nous avons eu un éducateur, plus jeune que les autres et que nous ne connaissions pas. Nous étions un groupe de 4 avec lui et je dois dire que c’est la seule fois où j’ai pris plaisir à participer à un cours : c’est le premier qui a pu tenir mon chien en laisse le temps que je m’éloigne pour le rappel, c’est le seul qui a appliqué une méthode douce avec lui : il ne l’a pas approché de face mais il s’est accroupi et a laissé le chien s’approcher de lui-même… et ainsi de suite tout le long de la séance. A la fin du cours, je me suis donc entretenue avec lui pour lui parler de mon chien et de sa crainte envers les hommes et les chiens, puisqu’il semblait avoir une approche différente des autres.
Sa solution : le RCI, qui permettrait à mon chien d’acquérir une certaine confiance en lui, et surtout ça me permettrait de pouvoir le contrôler s’il attaquait.
Je suis partie du club canin dans un état d’esprit assez confus. J’avais un souci avec mon chien : il était loin d’être sociable comme je l’espérais, je n’entretenais pas des rapports des plus sereins avec lui, et l’on me donnait une solution : le RCI, soit apprendre mon chien à mordre et à attaquer, alors que ce que je voulais c’était un amour de chien que l’on peut amener partout.
Je ne suis jamais retournée dans ce club, mais mes inquiétudes persistaient : comment gérer mon chien ? Que va-t-il faire si je fais venir des enfants chez moi ? Comment va-t-il réagir si des copains viennent ? Sans nous en rendre compte, nous étions devenus prisonnier de notre chien, et surtout nous ne savions pas comment en sortir !
Jusqu’au jour où par le plus grand des hasards je suis tombée sur le reportage qui présentait le club de dédé. Un club avec des chiens en liberté ? Voilà ma solution ! Recherche sur internet et premier contact avec Dédé au téléphone, puis physiquement une semaine plus tard : c’est la semaine qui m’a semblé la plus longue de ma vie, j’avais une telle hâte de rencontrer ces personnes !
Et puis sur place le choc : mon chien comme d’habitude aboie après tout ce qui passe mais pour la première fois je remarque qu’il remue la queue en même temps. On m’explique alors que mon chien a perdu toute communication avec ses congénères et il ne sait plus comment exprimer sa joie ou sa crainte. Donc premier soulagement, mon chien n’est pas agressif !
Puis au fil des séances, nous avons appris à communiquer : aussi bien mon chien que nous ses maîtres ; et ce grâce aux différentes conversations que nous avons eu avec les autres participants mais aussi en grande partie grâce à tout ce que l’on a pu observer sur le terrain. Au départ, nous avions le sentiment que notre chien ne faisait rien : on arrivait au club, on le lâchait, il aboyait après tout le monde, et de temps en temps on allait se balader avec deux ou trois camarades. On n’avait qu’une seule consigne : le caresser quand il revenait vers nous et surtout laissez faire s’il aboyait ! Et ainsi la matinée se passait et on rentrait à la maison avec un chien énormément fatigué.
En fait, nous avons vite compris que notre chien malgré les apparences apprenait beaucoup pendant ces séances : il communiquait avec ses semblables, et ainsi il était en plein apprentissage de la vie en société au milieu de chiens et d’humains.
Après quelques séances passées à aboyer après ses congénères, mon chien a vite compris qu’il ne craignait pas grand-chose à être dans ce club : il n’est pas obligé de rester assis à mes pieds pendant 2 heures, et surtout il peut sentir, regarder et même jouer avec ses congénères. Inutile de préciser que quand il reconnaît la route du club, c’est très difficile de le tenir tranquille dans la voiture, et quand on le lâche on voit très bien qu’il est très heureux de se trouver là : il a le sourire aux babines !!!!!
Ainsi, en très peu de temps, et avec une grosse remise en question, j’ai découvert un chien avec un cœur énorme que je ne comprenais pas et que je maltraitais sans m’en rendre compte. Aujourd’hui, même s’il garde quelques séquelles de ses premières séances de dressage, (surtout pour le collier), nous avons un amour de chien avec qui nous n’avons plus eu de conflit depuis que nous le traitons différemment, et même si nous sommes conscients qu’il va falloir beaucoup de temps pour récupérer totalement nos erreurs, nous savons au moins deux choses : d’abord il nous aime énormément, et ensuite il est très heureux de venir tous les week-ends au club de Dédé. Que demander de plus…….. |